ASSEMBLEE GENERALE du 31 mars 2007.

 

 

Contexte
Malgré des propos rassurants de l'ONF, chacun peut constater une dégradation du paysage forestier.

intervention de William Church
Un constat assez inquiétant peut être fait sur l’exploitation forestière de cette année: les chantiers forestiers se sont multipliés, les chemins sont défoncés, les grumes s’accumulent sur le bord des routes, les martelages omniprésents laissent présager d’un avenir bien sombre.

 

1) Présentation du Programme forestier national (PFN).
2) Impact sur le massif forestier de Saint Gobain-Coucy basse (A voir: les photos des dégats)

1.PRESENTATION DU PROGRAMME FORESTIER NATIONAL

L’ONF a maintenant un statut d’EPIC (établissement public à caractère industriel et commercial), ce qui l’oblige à équilibrer son budget. Or le propriétaire forestier ne tire ses revenus que des ventes de bois et de la chasse. L’Office doit aussi suivre le « Programme Forestier National », paru l’année dernière.
Le but de ce PFN est d’organiser un pilotage concerté de la politique forestière. Son ambition est de donner plus de lisibilité et de visibilité à l’action de la forêt en Métropole et dans les DOM TOM. Le PFN est placé sous l’égide du Conseil Supérieur de la forêt des produits forestiers et de la transformation du bois.

Ce PNF a été constitué de 4 groupes de travail
- la valorisation des biens et services autres que le bois.
- la biodiversité - l’aval de la filière forêt/bois
- la production de biens et services marchands.

Autrement dit, il faut que la forêt soit rentable. Depuis une vingtaine d’années, le prix du bois était orienté à la baisse. Aujourd’hui, la tendance s’inverse et le bois se trouve dans une meilleure position concurrentielle. Le bois et ses dérivés peuvent se substituer à d’autres matériaux dans la construction ou l’emballage, dans l’isolation ou le chauffage. Bref il connaît d’autres débouchés. Donc, d’après le PFN, il faut produire plus pour une meilleure compétitivité et pour gagner des parts de marché.
La récolte actuelle sur le territoire français est de 60 millions de m3 par an et la production forestière (accroissement) de 91 millions de m3. Il faut donc ramener la récolte au niveau de la production.
Ce PNF déplore aussi une sous exploitation des forêts de 30% sur l’ensemble de ses massifs. Or il s’avère que c’est la forêt privée qui est à l’origine de cette soi-disant sous exploitation. L’ONF semble avoir oublié ce point de détail et justifie ainsi l’exploitation intensive actuelle.
Pour obliger les petits propriétaires à exploiter quand même, les surfaces privées de plus de 25 ha sont soumises à un projet d’exploitation simple. Il est aussi subtilement envisagé d’organiser un remembrement des propriétés de moins de 25 ha contiguës afin de les obliger à exploiter. La lecture de ce programme est très édifiante. Les mots productivité et rentabilité y apparaissent un très grand nombre de fois. Les notions de biodiversité et de protection sont survolées et ne semblent servir que de prétexte ou de paravent.

2. IMPACT SUR NOTRE MASSIF.

L’association comprend bien que notre forêt est une forêt d’exploitation, mais actuellement, il nous semble que tout va trop vite, que l’exploitation s’effectue sur un temps très court. Les rotations sur les parcelles qui étaient jusque là de 7 à 10 ans se pratiquent maintenant sur une période de 4 à 5 ans.
La forêt n’est plus appréhendée dans sa globalité, comme un massif dont la haute valeur écologique est reconnue par l’Inventaire du patrimoine naturel des territoires de l’Aisne d’une part, et par son intégration au réseau Natura 2000 au titre des 2 directives européennes « habitats » et « oiseaux » d’autre part.
Les marchands de bois professionnels eux-mêmes s’inquiètent de cette intensification. L’un d’eux a interpellé un ingénieur ONF lors d’une vente publique, je cite : « les marchands de bois ne sont pas tous d’accord avec ces coupes intensives. Nous, on fait simplement notre métier. L’ONF coupe, on achète et on revend. Le coupable, c’est L’ONF. On est obligé, l’ONF met tout par terre. »
Ou encore ce bûcheron qui nous confiait lors de la manifestation du 24 mars « à cette allure là, dans cinq ans, il n’y aura plus rien à couper ».
Le contraste est trop fort entre l’économie, qui vit sur un temps très court, et la forêt qui vit sur un temps très long. Les impacts sont donc clairement visibles dès qu'on aborde la forêt.

L’aspect paysager est dénaturé par les coupes à blanc réalisées sur de très grandes surfaces, notamment sur la basse forêt. Ce type d’exploitation ne risque-t-il pas de déséquilibrer l’écosystème en déplaçant certaines populations animales (oiseaux ou mammifères). Nous pensons, par exemple, à deux chats sauvages retrouvés écrasés sur la route, au même endroit, à une semaine d’intervalle, car la parcelle où ils avaient élu domicile était en phase d’exploitation. (voir ici des photos des coupes réalisées)

L’aspect social et récréatif de la forêt est lui aussi mis à mal actuellement. Lors de la manifestation du 24 mars, nous avons eu l’occasion de parler avec le président d’un club de randonneurs qui nous expliquait que la promenade devenait de plus en plus difficile, voire impossible, à cause des grumes qui encombraient les chemins, des branchages qui jonchaient les sentiers, et des ornières boueuses et infranchissables qu’ils rencontraient partout. Un cavalier indépendant a tenu sensiblement le même discours. Même les veneurs s’inquiètent de cet état de fait.

L’état des sols nous inquiète aussi. La gestion actuelle repose sur une mécanisation lourde, avec une fréquence de passage plus importante en période hivernale, sur des sols humides. Les sols forestiers sont des sols superficiels, avec des propriétés physiques (structure, porosité), sensibles aux tassements répétés. A-t-on idée de l’impact sur la fertilité et la durabilité des sols soumis à ce régime ? La circulation intensive d’engins lourds sur des sols fragiles humides pose aussi la question de la régénération des essences forestières qui pourrait remettre en cause la finalité économique de la forêt ! (voir ici des photos des ornières)

Pour la biodiversité, le passage répété du matériel lourd conduit à une destruction de la flore spontanée herbacée et arbustive sur les multiples circuits de passage des engins. Plusieurs sites d’implantation d’orchidées, par exemple, ont été définitivement détruits. Le plan de circulation des engins ne semble pas tenir compte de la localisation des espèces sensibles.

La mise en place de nouveaux chemins empierrés (7 prévus d’ici 2010, en plus de celui de la laie de Saint Nicolas), pose le problème de la pénétration non contrôlée en forêt. Les barrières mises en place par l’ONF, quand elles ne sont pas tout simplement détruites, sont d’une inefficacité navrante. De plus, l’Office ne remplit plus du tout son rôle de police. Ne risque-t-on pas de rencontrer de plus en plus de braconnage ou de voir proliférer les décharges sauvages au cœur de la forêt ?

Au sujet du développement durable, l’exploitation intensive conduit inévitablement à une diminution des entrées de carbone dans le sol. Outre l’influence du carbone sur l’effet de serre, cette diminution conduit à un appauvrissement du stock de matière organique des sols forestiers. Quelles sont les informations permettant de démontrer que ce type d’exploitation relève d’une démarche de développement durable ?

A propos de l’état désastreux des chemins forestiers. Depuis que l’ONF est passée en régie lors de l’exploitation (elle fait abattre les arbres et les grumes sont disposées au bord des routes, des chemins empierrés ou sur des parcs à grumes), ce qui permet de vendre plus cher, elle ne montre pas autant de conviction à faire remettre les chemins en état, on peut s’en rendre compte sur place. Or, ne devrait-elle pas montrer l’exemple ?

Un bon point quand même à décerner : la présence d’arbres morts ou vieillissant laissés sur place et qui abritent ou nourrissent bon nombres d’insectes et d’oiseaux.

Nous allons bientôt rencontrer l’ingénieur responsable entre autre de notre massif, et croyez bien que nous ferons tout pour faire valoir notre point de vue. Une mobilisation de tous, randonneurs, cyclistes, cavaliers, mycologues, photographes animaliers, chasseurs, élus ou simples promeneurs est indispensable..

 


 

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